Tu utilises des appels à projets dans ta fondation ou ton fonds de dotation et tu commences à te demander si c’est vraiment l’outil le plus adapté à ce que tu cherches à faire. Bonne question. Supprimer les appels à projets du jour au lendemain, ce serait aller trop vite. Mais continuer sans jamais interroger leur forme ni ce qu’ils coûtent aux associations, ce serait passer à côté de quelque chose d’important.
Voilà 4 étapes simples pour faire le point seul·e, en équipe ou avec tes partenaires associatifs.
Étape 1 : Dessine le parcours de l’association, pas celui de ta fondation
Prends une feuille blanche, un stylo, et 10 minutes.
Liste toutes les étapes de ton appel à projets du point de vue d’une association candidate : la découverte de l’appel, la compréhension des critères, le montage du dossier, le dépôt, les échanges avec ton équipe, la présélection, le comité de validation, l’annonce des lauréat·es, la contractualisation, la mise en œuvre du partenariat.
Tu veux aller un cran plus loin ? Rajoute les parties prenantes impliquées et les délais à chaque étape.
Ce schéma, c’est la carte de l’expérience vécue par tes partenaires. La plupart du temps, on ne l’a jamais dessinée.
Étape 2 : Candidate à ton propre appel à projets
Oui, toi. Comme si tu étais une petite association, avec peu de temps et peu de moyens.
Parcours le formulaire en entier. Regarde le nombre de champs, le vocabulaire utilisé, le nombre de pièces demandées. Est-ce qu’il y a des questions redondantes ? Des informations demandées plusieurs fois ? Des bugs à l’inscription ? Un mail de confirmation qui n’arrive pas ?
Deux questions à te poser à la fin :
- Combien de temps ça t’a pris ?
- À quels endroits as-tu dû renseigner des informations avant même de savoir si la relation partenariale allait exister ?
C’est souvent là qu’on découvre des dossiers devenus trop longs par habitude, des questions héritées d’anciens appels à projets dont on n’utilise plus les réponses, des exigences qui rassurent l’entreprise mais épuisent les associations.
Étape 3 : Interroge une association partenaire (vraiment)
Pense à une association avec qui la collaboration se passe bien, qui te semblerait disponible pour échanger. Contacte-la pour une vraie conversation — pas un questionnaire froid envoyé par mail qui rajoute une charge de plus.
Ta mission : aller chercher son retour d’expérience sur ton appel à projets. Ce qui est compliqué. Ce qui demande beaucoup d’énergie. Ce qui représente un caillou dans la chaussure.
Un conseil sur la posture à prendre : accueille les réponses sans te justifier. Tu n’es pas là pour trouver des solutions — ça, c’est l’étape d’après. Tu es là pour comprendre. Ce que tu es en train de faire, c’est transformer tes partenaires associatifs en capteurs d’amélioration.
Étape 4 : Interroge ta posture de mécène
C’est sans doute l’étape la plus inconfortable. Et la plus importante.
L’appel à projets crée mécaniquement une asymétrie de pouvoir : il y en a un qui postule, il y en a un qui décide. Comme dans un entretien d’embauche. L’enjeu ici n’est pas de se juger, c’est de regarder cette asymétrie avec lucidité — et de décider ce qu’on en fait.
Quelques questions pour démarrer :
- Qui fixe les règles du jeu ? Qui choisit les critères, le tempo, les indicateurs ?
- Qui porte le risque financier et humain ?
- Est-ce qu’il y a des informations qu’on garde implicites, faute de temps ou par habitude ?
- Est-ce qu’il y a des choses que toi-même, tu n’aimerais pas produire dans un même contexte ?
Et surtout : quelle est l’intention que tu poses sur cet appel à projets ? Est-ce que tu cherches à faire connaître ta fondation ? À identifier des partenaires associatifs ? À structurer ton champ d’action ? À répondre à un enjeu territorial précis ?
Clarifier cette intention, c’est souvent ce qui permet de sortir du faux dilemme entre recevoir beaucoup de dossiers pour ne rien rater — ou en recevoir moins, mais créer des relations plus solides.
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Interroger tes appels à projets, c’est participer activement à la santé du tissu associatif, dans une période où les associations en ont plus que jamais besoin. Ce n’est pas remettre en cause tout ce que tu fais. C’est accepter de faire mieux demain, de penser différemment aujourd’hui, et d’envoyer un message fort à tes partenaires : on vous prend au sérieux par ici.Ces 4 étapes, tu peux les faire seul·e. Mais si tu sens que l’exercice a besoin d’un regard extérieur, ou que tu veux partager ce que tu as découvert, on peut en parler ensemble
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